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Qu’avait vu en 1993, Dominique Bozo ?
Par le webmaster | janvier 26, 2010
1 – Il désigne dès 1993 l’extrême usure de l’avant-gardisme officiel
« Nous avons aujourd’hui le sentiment de nous situer plutôt dans l’extrême exploitation et usure des grands courants du siècle. »
2 – Il voit dès 1993 la primauté de la com dans la guerre contre la peinture
« Au fond, on a fini par considérer que la peinture avait disparu et que les héritiers de Duchamp et de Dada nous avaient émancipés à tout jamais de l’oeuvre pour imposer, à travers l’objet, le commentaire, le slogan, la communication. »
3 – Il dessine les contours de l’académisme d’aujourd’hui, forcément différent de celui du temps de l’impressionnisme.
« On en est arrivé à un certain académisme, visible à la fois dans la forme, dans l’utilisation de l’espace, du lieu, de l’environnement. Sans discours d’accompagnement, le public ne fait pas la distinction d’un objet à un autre. »
4 – Il pose la question du choix de l’éphémère au détriment du pérenne alors que l’Etat en 2010 met – sans aucun débat – le public et les artistes devant le fait accompli de la préférence pour l’événementiel.
« Ce constat ne signifie pas pour autant que l’expression actuelle est un leurre. Le problème porte plutôt sur la pérennité des oeuvres. Existent-elles comme interventions éphémères, provisoires, événementielles ? Ou existent-elles comme une proposition durable ? »
Comme personne n’a repris au ministère depuis dix-sept ans cette saine et lucide réflexion, on se demande si la bureaucratie française n’a pas seulement étouffé la peinture mais aussi, depuis 1993 , en refusant l’ouverture d’un débat et en privilégiant la “com”, préparé sa propre déconfiture à la face du monde.
* Président du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou du 29 août 1991 jusqu’à son décès en avril 1993
Source : Entretien avec François Bayle , Résonance, juin 1993
Catégorie : Actualité | 4 Commentaires »

janvier 26th, 2010 at 18:01
C’est l’opinion d’un homme qui s’est occupé pendant plus de 20 ans des collections d’art moderne et contemporain :
Fin des années 60: conservateur des collections du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Années 70: travaille sur la formation des collections de Beaubourg avant son ouverture. Il est à l’origine du Musée Picasso.
Années 80: Il est devenu Directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris puis Délégué général de la DAP au Ministère.
Années 90: Président du Conseil scientifique du patrimoine muséographique contemporain de Beaubourg
En 93 il fait une expo qui résume l’Etat des lieux : “Manifeste”
A cette occasion il répond à cet interview et meurt en 93 peu de temps après
Il a fait la pluie et le beau temps en matière d’art
C’est donc quelqu’un dont on ne peut négliger ni les connaissances, ni la pensée. Et c’est ce qu’on a fait depuis dix-sept années. Pourquoi?
janvier 27th, 2010 at 9:12
Dominique Bozo exerce ses talents au moment ou se forme un pouvoir d’Etat sur la création en France. Il est un personnage central pendant la décennie ou le Ministère, qui avait jadis pour but de démocratiser la culture en la mettant à la portée de tous, devient un Ministère qui dirige désormais la création. En quelques mois, en 1983, toutes les institutions (FRAC, DRAC CNAC, etc.) et leurs fonctionnaires, les inspecteurs de la création, sont mis en place… les échanges sans réciprocité avec New York prennent une grande ampleur, il en est la cheville ouvrière.
En 1993, lors de cet interview de Dominique Bozo qui ne paraîtra que de façon posthume, le débat bat son plein: En 1992 dans la Revue “Esprit”, Jean Philipp Domecq fait paraître un premier article qui va créer une grande polémique,les livres de Jean Clair et Fumaroli, l’article de Levy Strauss et quelques autres grandes pointures ont déjà préparé le terrain…
Dominique Bozo qui a une formation d’historien d’art et qui est un esprit cultivé s’interroge lui aussi…
janvier 27th, 2010 at 17:07
C’est à cette période charnière (1991-1993) qui succède juste à celle de la “chute du mur” (période également, où l’on verra paraître, entre-autres écrits, ceux de Jean Baudrillard et de Jean Philippe Domecq sur la situation de l’art contemporain) que la démocratie sensiblement s’affaisse laissant la route libre à l’ambition hégémonique capitaliste.
A cette période, donc, que l’esprit de pluralisme qui en démocratie devrait présider chez les décideurs culturels quant à leurs choix de manifestations d’art qu’ils ont à charge d’organiser, s’affaisse tout autant, laissant place, alors, aux ravages d’une idéologie culturelle mondiale et ses partis pris artistiques qui ne tiennent plus compte de la réalité du champ de l’art actuel.
Une idéologie qui tente d’imposer à tous, partout dans le monde une même vision de l’art (conceptuelle; ludique; critique à l’égard de tout ce qui enracine l’homme à une histoire particulière, une identité singulière, un rapport original à l’univers; assassine pour tout ce qui suggère une quelconque appartenance religieuse, une quelconque aspiration à la transcendance; faisant l’apologie des technologies nouvelles, s’en gargarisant jusqu’à la nausée; usant comme autant “d’armes de destruction massive” les dernières avancées des sciences humaines…Le tout enveloppé dans une langue consensuelle et visqueuse qui se répand partout dans nos “meilleures” presses écrites, radiophoniques ou télévisuelles censées vendre autre chose que du Coca cola.) avec des moyens financiers tels que nulle Raison même venue des “Lumières” ne peut combattre.
Alors, bien sûr, l’analyse de Bozo ?… Passée à la trappe !
Franck Longelin.
mai 12th, 2010 at 14:21
L’Etat d’aujourd’hui choisit d’être aussi aveugle que celui d’hier : il ne doute pas. Dominique Bozo doutait, lui. L’analyse est bien passée à la trappe en effet quand on lit la communication de Beaubourg/Metz. Pas l’ombre d’un doute sur les choix institutionnels = place aux Chefs d’oeuvre. Les successeurs de Dominique Bozo n’ont pas écouté ses mises en garde fines contre l’académisme du nouveau. Ils n’ont pas ouvert des confrontations en dehors du champ institutionnel pour ne pas être dérangés dans leurs certitudes.