"Marko Velk et Vuk Vidor ont respectivement 30 et 35 ans. Je les tiens pour deux des jeunes artistes les plus passionnants de leur génération. Voici pourquoi :
MARKO VELK
On ne peut s’empêcher de songer, devant les grands formats dits Totems de Marko Velk, aux " exercices " par lesquels Degas expérimentait l’informe en tant qu’impossibilité de traduction, de substitution de signes ou même de matière à jeu. L’artiste s’engage dans ses dessins sans savoir où il va, armé de pastels secs (pour les zones noires) et de fusains.
Des formes surgissent (par réminiscence, contiguïté métonymique ou substitution métaphorique, peu importe) et aussitôt Marko Velk engage avec elles la lutte, casse les espaces, rompt les rapports d’échelles. " Dès qu’il y a trois éléments qui vont ensemble, dit-il, ça me gêne ". Alors des effacements et des recouvrements s’opèrent, des " piliers " sombres s’édifient, qui à la fois rythment l’œuvre et lui imposent une contrainte. Il n’est pas l’arbitre d’un combat plus ou moins savamment orchestré entre forme et informe, mais plutôt un lutteur affronté à des forces ténébreuses. Jusqu’à ce qu’un sens soit entrevu (entrevu seulement). Il sait que l’accès à l’art ne consiste pas en une compréhension totale de ce qui s’y joue.
Il s’agit de parvenir à l’instant où quelque chose d’indicible est atteint : pour certains, ce serait le sentiment d’une présence. C’est là qu’il faut s’arrêter. Au delà, tout basculerait dans le chaos. Il faut regarder les Totems de Marko velk, ses Chambres noires dédiées à des nus féminins, ses Absences dont on ne sait si elles sont masques mortuaires ou portraits vivants, ou enfin ses Icônes. Et alors on peut reparcourir son cheminement. Jusqu’à entrevoir ce que peut vouloir dire l’effort d’un jeune artiste exceptionnellement doué qui, à la suite de son lointain ancêtre Cézanne, déconstruit à sa façon le système de la ligne de telle sorte que soit peut-être assouvi le désir toujours actuel du dessin de s’égaler à la couleur.
Les peintures de Marko Velk
VUK VIDOR
On ne décrit pas la peinture de Vuk Vidor : trop variée, trop surprenante, trop mystérieuse dans certains cas. Mais c’est de la peinture. Pas de la peinture pour (com)plaire. De la peinture très personnelle sans doute (nombre de motifs sont liés à la vie intime de l’artiste), mais aussi de la peinture de combat avant toute chose. Donc un combat mené non pas hors de la peinture (ce genre décrié, paraît-il) mais franchement dans la peinture, celle d’aujourd’hui (elle n’est pas morte : faites passer la nouvelle), inséparable de celle d’hier. Sur la peinture et son histoire, Vuk Vidor a des idées très claires, très percutantes, qu’il lui arrive de proclamer avec un brio réjouissant. " …Vuillard was better than Bonnard, Tapiès was always the same, Rauschenberg was better before, Twombly always painted shit, Bacon was better alive " affirme-t-il notamment dans une peinture-écriture récente (" Art history ",1999). Un vrai manifeste, parfaitement jubilatoire."
Les peintures de Vuk Vidor
Son adresse : 7 rue Ricaut - 75013 Paris
e-mail : vuk.vidor@libertysurf.fr
Marko Velk et Vuk Vidor exposent tous deux à la galerie Valérie Cueto, Paris