Carte blanche à Françoise Monnin
9 juillet 2000 - 9 septembre 2000


      Françoise Monnin entre deux artistes
Hans Bouman (à gauche) et Fred Kleinberg (à droite)

Je suis née en 1962 dans le Pas-de-Calais et j'ai passé mon bac, section arts plastiques, en Lorraine. J'ai suivi des études d'hisoire de l'art à la Sorbonne où je n'ai pas encore terminé ma thèse, sous la direction de Gilbert Lascault, sur le thème des "logiques de l'assemblage dans l'art du XXè. siècle".

La peinture m'apaise et me nourrit. J'aime le silence et le vertige que provoque sa liberté.

Depuis 1985, j'écris sur l'art dans les magazines (Artension, Opus, Cimaise, El Guia, etc.). Je rédige des catalogues d'expositions et des monographies, de préférence sur les artistes de ma génération. J'ai aussi produit quelques émissions de radio, des commentaires vidéo, et des expositions.

Depuis 1996, je suis rédactrice en chef du magazine Muséart et j'enseigne l'histoire de l'art à l'université de Tolbiac.

Parmi les ouvrages généralistes que j'ai publiés, il y a "Le collage, art du XXè. siècle" (Fleurus 1993) et "L'art brut" (Scala 1997).

Cette année, je suis commissaire général de "L'Automne des Transis", un festival d'art et d'expressions actuelles qui se déroulera à Bar-le-Duc (55) du 23 septembre au 1er novembre.
Je publierai en décembre aux éditions Ides et Calendes une monographie consacrée à l'artiste Bengt Lindström.

Cette carte blanche est pour moi l'occasion de vous parler de deux artistes que j'aime particulièrement : Ody Saban et Sandra Martagex. Toutes deux évoquent le corps avec intensité et poésie. Toutes deux incarnent l'amour. Sur Ody Saban, j'écris depuis 1993. Sur Sandra Martagex, c'est la première fois.


ODY SABAN

Une histoire de ventre d'abord. Un fouillis grouillant et graphique, étonnamment organique, dont les arabesques, les spirales, les labyrinthes, tiennent de l'intestin grêle un soir de cuite, de la chevelure crépue au matin d'une longue nuit d'amour. De la cartographie des itinéraires de ceux à qui vivre donne de l'appétit.

A chaque fois qu'Ody Saban trempe sa plume dans l'encre de Chine, elle invente une foule fluidique au coeur de laquelle les lieux, les gens, les souvenirs et les désirs font corps et se déroulent. C'est plein d'eau, de frontières, de nuages. C'est bourré de contacts, de pénétrations, d'ouvertures. Tellement libre. Tellement riche. Qui connait Ody décrypte au travers de ses images un peu de sa naissance turque, de sa mère juive, de ses amours américaines, de ses voyages, de ses accidents, du miracle de sa fille et de la fougue avec laquelle elle a décidé, définitivement, d'embrasser la vie.

Ici Lilith caresse un unijambiste, là une pyramide fait la nique à un gratte-ciel pendant qu'une orchidée se métamorphose en crustacé. Un peu plus loin, une femme dort, yeux et cuisses largement ouverts. Dans son ventre transparent, deux amoureux font la paix, bien au chaud parmi des cernes multicolores.

Des pigments aux tons solaires, acidulés, et des matières aux allures de sable, renforcent les formes, soulignent leurs cloisonnements et leurs porosités.

Ignorant la perspective classique, l'espace est entièrement nourri. Tapissé, tramé. Et plus l'appesanteur y règne, plus l'existence y prend du poids.
Ody Saban donne à l'infini une plénitude d'oeuf.
Au dos de ceux qui s'attardent devant ses images, poussent des ailes de funambules.

Françoise Monnin, Paris, juillet 2000.    

Les peintures d'Ody Saban

Son adresse : 35 rue Simart - 75018 Paris
Tél./fax : 01 42 51 47 90

Ses 2 prochaines expositions personnelles :
  • 30 ans de rétrospective - du 8 juillet au 3 septembre 2000
    Musée de la Création Franche - Tél : 05 56 49 34 72
  • Musée de l'Art Différencié - Liège - Belgique
    du 8 septembre au 15 octobre 2000 - Tél : 00 32 42 22 32 95


  • SANDRA MARTAGEX

    "Si tu t'habitues tout petit à des choses comme ça, tu n'en as pas peur", dit Sandra Martagex à propos de Joe, le squelette humain installé dans le coin de l'atelier. Un vieux et vrai squelette, récupéré dans le stand que les parents de l'artiste tenaient, au marché aux puces. Est-ce cette présence complice, cette vanité désuète pendue à un crochet d'acier, qui lui donne l'audace d'évoquer, dans de longues images sur papier, le coeur du corps ? On le dirait radiographié par un drôle d'engin, impitoyable et poétique : les réseaux décrits ici révèlent des ramifications subtiles mais directes entre la gorge, le coeur, le sexe.

    Les couleurs translucides et les lignes précises employées provoquent des impressions magiques, des sensations aiguës. Portés au rouge, les organes semblent érogènes.

    Il n'est ici question que de présence et de contact. On songe aux aiguilles des pratiques vaudous, aux visions des chamanes, aux sculptures de Gauguin.
    Aux ectoplasmes.

    Sandra Martagex peint le pouvoir de certaines caresses dont le pouvoir se faufile au-delà de l'épiderme, des muscles et des explications scientifiques. Jusqu'au coeur des centres d'énergie. De ces caresses dont on meurt un peu tant elles sont justes et dont on souffre abominablement lorsqu'elles cessent.

    Et tout cela est représenté de manière limpide, méticuleuse. Tout cela fait songer simultanément aux anges et aux lasers. A certain suaire. Tous ces personnages aux lèvres et aux paupières closes, aux cuisses et aux gorges grandes ouvertes, s'offrent à nous avec une innocence implacable. Il s'agit d'images véritables.

    Françoise Monnin, Paris, juillet 2000.    

    Les peintures de Sandra Martagex

    Son adresse : 37 rue Perrott - 92240 Malakoff
    Rép : 01 46 57 74 62

    Ses dernières expositions :
  • "Chercher l'homme" - du 5 au 30 juin - Espace Paul Ricard Paris
  • "Chercher l'homme" - du 5 au 28 juillet - Espace Mode Méditerranée Marseille



  • Carte blanche N° 1 :
    Jean-Luc Chalumeau
    9 mars - 9 mai 2000
    Carte blanche N° 2 :
    Francis Parent
    9 mai - 9 juillet 2000

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