Carte blanche à Bernard Lafargue
9 septembre 2000 - 9 novembre 2000

Bernard Lafargue
bernard.lafargue@univ-pau.fr

Professeur d'histoire de l'art et d'esthétique à l'université Michel de Montaigne de Bordeaux, rédacteur en chef d'études esthétiques : Figures de l'art, et critique d'art.
Dernier n° paru de Figures de l'art : Nude or naked ? Erotiques ou pornographies de l'art, Décembre 1999, 669 p., ed. Eurédit.
Dernier livre paru : Quatre fameux cons, Mars 2000, 77 p., ed. Eurédit.
Je remercie l'association Face à l'Art-Paris de me donner et le plaisir de découvrir les remarquables peintures des artistes présentés par Jean-Luc Chalumeau, Francis Parent et Françoise Monnin et celui de montrer deux peintres figuratifs de Pau que j'aime beaucoup: Jacques Roux et Patricia Monneraud. Je suis très heureux de participer à ce type d'exposition thématique virtuelle qui permet de donner un aperçu de la création d'artistes qui ne rentrent pas dans le cadre du circuit des lieux d'exposition officialo-traditionnels.

JACQUES ROUX

Lorsque Kenneth White "vivait à Pau et marchait dans la montagne", il rencontra un autre grand solitaire : Jacques Roux. Habité lui aussi par les figures de ces "déchiffreurs d'énigmes" qui, comme le parieur de Pascal et le Zarathoustra de Nietzsche, vont et viennent de l'enchantement des sommets à celui des cavernes*. Ainsi gravitent les hommes de Roux.Désamarés. Désamourés. Entre les beaux abîmes du trop haut et du trop bas. Regardez l'acrylique sur toile de 1992. Au centre, entre la ci(t)ron, la poire et des bateaux qui chaloupent dangereusement sur des méridiens en phylactères perdus au sein d'une mer placidement bleue, une tête de marin ornée d'une casquette à pompon médite au dessus d'un visage que l'anamorphose transforme, selon, en cul ou en con. MelancoliaV? Effigie? Ex voto?
Dans ses dessins et pastels des années 70-80, si bien commentés par Kenneth White ou Murielle Gagnebin**, Jacques Roux a montré ses extraordinaires talents de dessinateur. Maniériste comme le meilleur Beccafumi. Aussi précis dans le détail de la rainure de la feuille de l'acacia que dans le fourmillement anthropomorphe de la forêt. C'est l'excès de précision qui fait le flou des quatre variations sur un visage de 1999. Retouché aux doigts, le pastel sec dit l'intimité de l'approche du peintre. Les admirables portraits flous de Richter nous ont appris à nous méfier de la clarté simplificatrice de leur modèle photographique; ceux du peintre palois partent de la photographie d'une jeune femme qui a fermé les yeux à la prise. Peut-être pour nous murmurer que, à l'ère du pixel acheiropoiete et transparent, seule la main patiente du peintre peut encore exprimer l'infinie richesse d'un être qui n'est humain que d'être parfois un.

* Cette rencontre a donné lieu à un superbe livre : Kenneth White-Jacques Roux. Le livre des abîmes et des hauteurs, ed. Covedi, Décembre 1996. **Murielle Gagnebin, Catalogue de l'exposition : Jacques Roux, Pastels 1988, Musée des Beaux Arts, Pau, 1999.

Les peintures de Jacques Roux

Son adresse : 12, rue Lamothe - 64000 PAU
Tél : 06 85 60 96 67



PATRICIA MONNERAUD

Tout s'est passé comme si ses études d'histoire de l'art, puis de scénographie avaient amené Patricia Monneraud à tourner ses pastels et ses encres vers les gens du spectacle (Chanteurs, Danseurs Musiciens, noir(e)s, Torreros) puis vers le spectacle de la vie quotidienne. La vie n'est pas vraiment un songe, ni une fête. C'est un spectacle où chacun joue, plus ou moins bien, son rôle. "L'homme du commun à l'ouvrage", cher à Dubuffet, devient dans la peinture de l'artiste paloise une figure de l'art dans un monde d'objets venus des natures mortes de Zurbaran, Braque, Wharol, Starc, Carrefour, Télé-Achat, etc… Les scènes de ménage, comme le remarquait Barthes dans ses Fragments du discours amoureux, demeurent toujours des scènes. Elles héritent avec plus ou moins de bonheur de Médée, Phèdre, Dallas, Titanic, Scènes de la vie conjugale , Alerte à Malibu, etc. Entendons-nous bien, Patricia Monneraud ne transfigure pas le banal dans la tradition duchampienne ; elle peint, dans un style qui allie avec bonheur le pathos de la gamme chromatique expressionniste à la distance des aplats délinéés du pop art, l'artialisation de la vie quotidienne.
"Lente impelle" , avance lentement, précise l'artiste de la célèbre fresque de Pompéi qui figure une scène de tendre sodomie. La bande verticale qui sertit le côté droit du cycliste angélique de Patricia Monneraud traduit: "Festina lente". Festina, c'est une peintre romaine dont parle Pline, mais c'est aussi le nom de l'équipe exclue du Tour de France 1998. Festina, c'était la marque à la montre tout entière vouée à son Dieu Richard, non pas Mutt, mais Virenque. Ange des sommets adulé par la foule, ange déchu (Mott?) par les médias qui l'avaient porté aux nues. C'est aussi un festin de banania. À chacun sa recette, sa petite reine qui le fait vivre à en mourir. L'artiste infigure en Richard Dupont la Marilyn de Wharol à l'insu de son plein gré. À se faire un sang d'encre.
Ainsi va la vie de ces petits hommes éphèmères en habits de lumière qui esquissent des véroniques empruntées et belles pour retarder l'échéance de Festinus Chronos. Ainsi font, font, font ces petites marionnettes humaines, si humaines que l'artiste peint de toutes les couleurs en pastels gras sur papier avec une tendresse aussi infinie que lucide, dans le métro, sur le vélo, sur la balance, à la cuisine, anywhere in the world. L'encre de Festina Lente est à leur effigie. Elle nous murmure : avance lentement dans la vie, car c'est la mort qui est à l'arrivée.

Les peintures de Patricia Monneraud

Son adresse : 1, rue Bonado - 64000 PAU




Carte blanche N° 1 :
Jean-Luc Chalumeau
9 mars - 9 mai 2000
Carte blanche N° 2 :
Francis Parent
9 mai - 9 juillet 2000
Carte blanche N° 3 :
Françoise Monnin
9 juillet - 9 septembre 2000

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