Artsénat 2003 : animal et territoire

Art contemporain : et l'Etat dans tout ça ?

Autour de Artsénat 2003, l'exposition du musée de l'Orangerie (voir Hémicycle n ° 128), avait lieu, récemment, au Sénat, un colloque consacré à la place de la peinture dans l'art contemporain. Le débat a vite tourné autour de la légitimité du mécénat d'Etat.

C'est la querelle artistique du XXè. siècle : peintres contre auteurs de performance... s'attribuant, tour à tour, le label " Art dérangeant ". Mais cette querelle ne semble prendre pied qu'en France. " Poser la question de la place de la peinture dans l'art contemporain n'a aucun sens en Grande-Bretagne ou en Allemagne ", souligne Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne. Il enfonce le clou : " les collectionneurs berlinois ou new-yorkais n'ont pas honte d'accrocher des tableaux aux murs ".
C'est là que le bât blesse dans l'Hexagone : les collectionneurs français, quand ils existent, n'achètent pas, ou trop peu, d'oeuvres d'art contemporain. L'exemple le plus criant de cette carence : Duchamp. Ignoré dans son pays d'origine, Marcel Duchamp, auteur de la fameuse Fontaine et inventeur du concept des Ready-made, part exercer son art aux Etats-Unis. II meurt en 1968, dans l'indifférence générale en France.
Presque toutes ses oeuvres sont aux Etats-Unis. En France, pas de collectionneurs, donc pas de collections. CQFD. " Mécaniquement, le patrimoine national s'est appauvri",explique Philippe Dagen. L'Etat s'est alors employé à combler cette carence. Mais " en porte-à-faux par rapport à la production contemporaine ", juge l'universitaire.
Duchamp peut ici aussi servir d'exemple. II faut attendre 1977 (onze ans après sa mort) pour qu'une exposition lui soit consacrée à Paris. " C'était soixante ans trop tard", s'exclame Philippe Dagen.
Mais après le dédain, c'est l'heure du " duchampisme académique officiel ". L'Etat reprend à son compte l'assertion mal comprise de l'artiste " la peinture est morte ". La peinture est " bannie" par le ministère de la Culture et les Fonds régionaux d'art contemporain (FRAC). Ce qui conduit le sénateur Yann Gaillard (UMP, Aube) à s'interroger : " les oeuvres achetées par les lieux subventionnés par l'Etat correspondent-elles toujours à ce qu'attend le public ? "
Mais Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS, déculpabilise l'assistance: "Personne n'est obligé d'aimer la peinture, ni la peinture contemporaine!" Cependant, " il est de l'obligation de l'Etat de transmettre la production artistique nationale", tempère-t-elle.
II existe donc deux " écoles " d'intervention étatique. Soit le pluralisme : la puissance publique encourage le maximum d'artistes et de modes de production possibles. Soit la compensation : l'Etat corrige les manques du marché. " Certaines oeuvres ne trouvent en effetpas preneur", explique la chercheuse.
Jusqu'en 1981 c'est la première politique qui était pratiquée. " Et tout a changé avec l'arrivée de la gauche au pouvoir", raconte Nathalie Heinich. Une arrivée correspondant à l'avènement du fameux "duchampisme académique ", fustigé par Philippe Dagen. Et conduisant à une situation plus que paradoxale, pointe la sociologue : " l'avant-garde soutenue par les institutions !" Et de lancer une message au ministère de la Culture : " Il est temps de mener une véritable réflexion sur le soutien de l'Etat aux artistes."

Sylvie Fagnart    

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