Artsénat 2003 : animal et territoire

Interview : Alain Méar, directeur du cabinet du président du Sénat
ArtSénat : un élément d'une politique culturelle plus large


Comment se situe ArtSénat dans la politique culturelle du Sénat ?
ArtSénat est l'un des éléments de la politique culturelle lancée il y a maintenant quatre ans sous l'impulsion du Président Christian Poncelet, avec l'accord et l'appui du Bureau.
Cette politique ambitieuse répond à une triple volonté de promouvoir la culture, de restituer au public ces lieux magnifiques qui nous ont été confiés, et d'ouvrir encore plus le Sénat sur la société civile.
II se trouve que le Sénat a la chance de disposer de trois lieux propices à l'exposition, de trois espaces de dialogue culturel, de trois fenêtres sur l'extérieur : le jardin et ses grilles, le musée du Luxembourg et l'Orangerie.
Pour les grilles, l'idée, qui me semble intéressante, a été de créer "l'art passant ", de faire prendre conscience au passant, au promeneur, de l'état de notre planète, notre maison commune, et de la situation des hommes, ses habitants. C'est au sens propre un projet humaniste qui rencontre un grand succès depuis ses débuts avec Yann Arthus Bertrand et la " Terre vue du ciel ".
Le musée, lui, accueille des expositions dédiées à la Renaissance et à l'art moderne. Le choix peut vous paraître étonnant, mais il y a là un double retour aux sources. La Renaissance est bien sûr un clin d'oeil à Marie de Médicis, " l'architecte " du Palais du Luxembourg. En outre, le Sénat a abrité pendant longtemps le musée d'art moderne, dans l'annexe de la bibliothèque de 1750 à 1895, avant que ne soite créé l'actuel musée du Luxembourg pour libérer l'annexe de la bibliothèque car le Sénat de la IIIè. République se sentait à l'étroit dans ses murs. Ce n'est qu'en 1937 que le musée d'art moderne a été transféré au palais de Tokyo. Mais Rubens et Rembrandt ont été découverts par leurs contemporains dans les murs du Palais du Luxembourg. Et depuis que le Sénat a repris la responsabilité de la programmation - qu'il partageait auparavant avec l'Etat -, nous avons connu de réels succès : 300 000 entrées pour l'exposition De Fra Angelico à Bonnard, 350 000 pour Raphaël, 600 000 pour Modigliani - soit autant d'entrées que Matisse-Picasso. L'exposition actuelle est consacrée à Pont-Aven et Gauguin, chacun ayant marqué un tournant dans l'évolution artistique de l'autre : c'est à Pont-Aven que Gauguin trouve son style, et son passage à Pont-Aven sera la source de l'après impressionnisme, le creuset de l'art moderne. Pour Gauguin, Pont-Aven a été un catalyseur.
L'Orangerie qui accueille ArtSénat est le troisième lieu. Il a la particularité de n'être disponible que du 15 mai au 15 septembre, les locaux étant utilisés durant l'hiver pour accueillir les arbres. Là, notre démarche est radicalement différente. Alors que nous atteignons l'équilibre financier avec les expositions du Musée, notre volonté est d'offrir aux jeunes peintres et sculpteurs un lieu d'expression, une tribune. Il s'agit donc d'une action de méSénat. Avec un S comme Sénat. Un montant de 150 000 euros a été libéré.

Quel est le concept de cette opération de méSénat ?
Pour l'essentiel, l'idée est de donner carte blanche à un collectif de peintres et de sculpteurs autour d'un thème. Dans les éditions précédentes, les thèmes ont été le Jardin des délices de Jérôme Bosh, l'Enfant et les sortilèges de Ravel, avec la volonté de mêler musique et peinture, et, enfin, Art et nature, avec de nombreuses oeuvres d'art végétal. Pour cette quatrième édition, le thème est celui de l'animal, avec Vélasquez comme fil conducteur. Quant à la façon dont l'événement se décline, nous avons évolué pragmatiquement au fil du temps, en l'enrichissant progressivement. Il y a aujourd'hui quatre directions: l'orangerie, une exposition éclatée dans le jardin, l'organisation de débats auxquels participent les artistes, des critiques d'art et des journalistes, ainsi qu'un atelier pour que les enfants puissent peindre et dessiner ; leurs oeuvres seront exposées le 14 juin lors d'un goûter vernissage.

Quels sont les prochains événements prévus ?
Les prochaines expositions au Musée du Luxembourg devraient être consacrées à Botticelli, à Véronèse puis à Matisse... En outre, le Président du Sénat souhaite développer une " politique musicale ". Nous manquons de lieu pour cela ; mais cela n'empêche pas d'être créatif. C'est ainsi que le Sénat est devenu le partenaire d'Esprit Jazz, une association du 6ème arrondissement, qui pendant un mois organise une série de concerts de Jazz. La salle de conférences du Sénat a accueilli, la semaine dernière, Anne Ducros et son quartet pour une soirée éblouissante de talent.

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