Avant d'être une image, la peinture est d'abord un objet mental. Un chemin et/ puis une représentation. En tous cas, c'est ainsi que Olivier di Pizio la pense et la pratique. Etre protéiforme tissé d'interrelations, allant et venant d'un endroit à un autre, de l'abstrait au figuratif, de l'intérieur à l'extérieur, elle happe, au passage, un film, un livre, un article de magazine, un traité de géométrie, un voyage. Elle est cheminement constant, mouvement, bref un état où tout peu co-exister et rentrer par tous les cotés à la fois. Faites de strates successives. Les Propositions Paysagères , comme les Arpentages (2003) et les Carroyages (2004) , énoncent une chose et son contraire, convoquant, ainsi les arguments de la peinture : surface, valeur, espace, le tactile et l'optique, ce qui figure et ne figure pas, l'histoire et le présent.

         Prenons un autre exemple, lumière et isolateur   (2004)  : les deux toiles son côte à côte et la séparation entre les châssis est comme un aveuglement, une faille, la chose la plus abstraite qui soit. Télescoper ainsi ce qui, apparemment ne va pas ensemble, amorce une émotion. En passant de la narration à la plasticité, l'oeil est pour ainsi dire mis dans un autre point et ce qui survient , c'est comme une dualité qui serait devenue folle, entre l'onirique et le réel. L'histoire, la matière, la couleur, le ton, le savoir faire sont autant de faits introduits afin que toutes les libertés soient permises. On est loin de la toile une et définitive. On est dans l'être et le sentir, dans un désir qui croise les problématiques picturales, les fait se retrouver, se rejoindre, bref la recherche d'un état poétique proche de l'émerveillement, afin que jaillisse justement la peinture en nous ramenant, en quelque sorte, à l'origine de toute images. A ce propos, souvenons-nous que, lorsqu'un nouveau-né ouvre les yeux pour la première fois, il ne sait pas naturellement lire ce qu'il voit, ni transformer la lumière en une image. Voir n'est pas inné ; il faut tout apprentissage. Peut être est ce cela le travail de la peinture ! Faire voir ce que, naturellement nous ne savons pas voir. Peut être est cela que nous montre olivier di Pizio, autrement dit « tous les régimes de la visibilité (Eric de Chassey) ».

Francis Moulinat


Mesurer l'aire de jeu

...  « Partons de ces coloriages qui renvoient à l'enfance, aux gestes automatiques et aux bruissements des feutres colorés. Nous voici dans les replis de notre mémoire, dans les premières tentatives d'organisations de l'espace. Mais nous ne sommes plus des enfants, et la mise en carreaux de l'espace nous renvoie déjà à d'autres mémoires, d'autres pratiques : celles des peintres de la renaissance faisant modèles pour leur fresque, ou celle des premiers abstraits cherchant d'autres systèmes de représentation ou encore celles des géographes dressant de nouvelles cartes.

Tout naturellement, nous avons glissé de la notion de temps à celle d'espace. Car Olivier di Pizio est un arpenteur, il nous emmène du mont Ventoux, des nuées les plus bleues les plus éthérées, aux espaces les plus clos, les plus architecturés.

Du mont Ventoux à un coin d'atelier, d'un pavement ancien à un isolateur électrique... rien n'est plus simple et plus compliqué que les strates de la pensée humaine.

Olivier di Pizio est un archéologue : son champs d'action, son «  aire de jeu  », est dans ces strates et il invente, au sens archéologique du terme, des relevés topographiques qui nous renvoient à nos propres territoires. »   

Cécile Bourgoin Odic - Février 2003




Retour au salon