Ils ont dit


Yves Bonnefoy

Extrait du texte pour un catalogue

    " ... Hollan est un de ces quelques justes grâce auquels, dans une peinture aujourd'hui dangereusement détournée de l'être sensible, un peu de l'absolu traverse encore les branches, brille encore dans l'eau des sources. Car regarder, pour lui, c'est rejoindre ce point, à l'intérieur de ce qu'il regarde, d'où l'être propre de cet objet, de cette existence s'élance, s'unit à sa figure visible, la doue de rayonnement...

Dans ses natures mortes ces rougeoiements qui sont plus de la vibration que de la couleur, - on les entend, sons fondamentaux, là où encore la vue hésite, c'est le Si tu veux voir, écoute de la tradition mystique, cet irremplaçable amont de la vraie peinture... "


Extrait du "L'arbre, le signe, la foudre"

" ... L'arbre que dessine Hollan attend la foudre. Ces yeux savent percevoir, sous l'apparente continuité de l'écorce, des branches, du feuillage - ces perceptions que les mots suggèrent -, les mille failles qui communiquent avec la véritable substance, laquelle n'est pas la matière, infiniment divisible, mais l'Un, mais l'expérience de l'Un... "

Michel Nuridsany
Extrait du catalogue du Musée Vasarely à Budapest

" ... Dans les dessins saturés, presque noirs certaines zones se font plus obscures encore, comme des trous vertigineux dans le tissu du vivant. Ici, la matière s'atomise jusqu'à se fondre dans l'être cosmique, jusqu'à rejoindre la vision dans sa plus grande profondeur, jusqu'à nous mettre dans la situation même d'errance du regard en quête de la vision. Présence active, où le regard, s'ouvre jusqu'à la perte de tout repère...

D'autre part (et pour l'essentiel) l'emploi de l'aquarelle sur papier n'est pas pour peu dans l'impression de transparence à l'oeuvre dans les tableaux. Les jarres, les fruits, les brocs regroupés et fragmentés, comme dévorés par l'être même de la peinture s'évanouissent et se reforment, disparaissent, s'interpénètrent, se dilapident dans le pigment et en même temps s'efforcent à rassembler le corps diffus de la figure. C'est dans ce double mouvement que la peinture retenue, méditative d'Alexandre Hollan affirme doucement sa présence essentielle.

Il y a là une lenteur fascinante, moment suspendu dans la vacance de toute dynamique. Où rien ne paraît fixé. Ouverte à la lumière, même au plus profond de l'obscur, la peinture d'Alexandre Hollan se livre à l'énigme, en attente de l'apparition. Alors le silence se répand et c'est l'épiphanie. "


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