Kim Myong-Kyu

La peinture en question …la question de la peinture.

La question est éternelle. sans doute n’en aurons-nous jamais une réponse satisfaisante, sans doute ne pourrons-nous même jamais nous en approcher, ne serait-ce que pour entrevoir un début d’explication. Mais ce mystère nous habit. Comment cerner et comprendre cet étrange phénomène qu’est la peinture ?

KIM Myong-Kyu se questionne sur la représentation picturale et ce qu’elle engage.
Il expérimente. Il est en recherche, visiblement.

Il faut voir les multiples silhouettes de chien de papier scotchées aux fenêtres de l’atelier de Myong-kyu, comme suspendues dans l’espace et rendues immatérielles par la transparence du papier qui transfigure la clarté extérieure en lumière blanche purifiée. Ces gabarits, nécessaires au peintre pour assurer une parfaite de la figure, montrent à quel point cette question de la représentation est déterminante pour ce protocole pictural mis en place depuis 6 ans maintenant.

La multiplication de la figure, sa répétition à l’identique…
La multiplication des écritures, figuratif et abstrait, qui transfigure cet unique de l’objet référent en un multiple du traitement…
La surcharge, la saturation des graphies, des couleurs, des textures…
…autant de stratégies du multiple pour l’exploration de possibles.

Autant de stratégies de brouillage aussi. Pour laisser le message ouvert au regard, stimulé jusqu’à la surexcitation, contrait à la promenade, projeté au sein de l’œuvre, piégé dans la question que le processus pose.

Myong-kyu nous questionne bien plus nous, qu’il ne questionne la peinture elle-même. L’expérience visuelle riche et exploratoire qu’il nous fait partage revoie autant à sa propre expérience qu’à la nôtre, à son regard comme au nôtre, dans un face à face et un effet miroir troublant. Un dialogue qu’il faut voir aussi dans ces regards croisée avec ceux de ces chiens, à la fois identiques et différents, statiques mais dynamiques, objectifs et subjectifs, calmes mais tourmentes, inexpressifs mais expression de l’étrange humanité de l’animal domestique, chargé de l’affectif auquel il nous renvoie tous, symbole de nous-même.

Ici, l’émotion est esthétique et cérébrale.
Car il s’agit bien d’une esthétique que celle du brouillage, où l’incertain renvoie à l’imaginaire, où la multiple appelle au choix et au positionnement.
L’esthétique de KIM Myong-kyu est participative.
Elle est question, vous êtes réponse.

Olivier Badie