Colette Banaigs

 


 

Gérard XURIGUERA a écrit :

L’homme solitaire, plus esquissé que représenté, peint et projeté en surimpression aux quatre coins de la surface, en mouvement ou en équilibre précaire, indifférent ou happé par une irréductible fatalité, est le pôle dominant des pensées visuelles de Colette Banaigs, et, par conséquent l’aveu revendiqué d’un attachement à l’organique

Autour de ses personnages dansants, apeurés et ludiques, sur ses étendues segmentées, elle innerve des tissus usagés, et aussi des écritures simulées comme une sorte d’épigraphie de la mémoire. Le rapport au temps et à l’espace, épaulés par les vertiges calligraphiés qui les barrent et les enrichissent, semblent des fragments arrachés à l’oubli, en nous entrainant hors du temps.

…..On pourrait en conclure que, sous ces latitudes, s’insinue une angoisse latente, mais eu égard au contenu global de cette démarche contrastée, plus qu’une tendance à la dramaturgie, on y verra des matins solaires et un tremplin pour d’heureux lendemains.

Subordonnée au souvenir, comment échapper à soi-même, l’œuvre de Colette Banaigs n’exhale aucune nostalgie, car elle est légitimement ancrée dans son époque. A l’écart des engouements conjoncturels, homogène dans ses phases plurielles et singulière dans son expressivité, elle ne peint pas l’être, mais le passage de l’être. Sa belle maturité patiemment gagnée au gré de son itinéraire dans le temps, elle n’en finit pas de nous ramener au nôtre.

(Colette Banaigs, une solitude habitée 2000)

Paul Louis ROSSI a écrit

Il conviendrait à présent, de cerner le parcours de Colette Banaigs, comme d’analyser l’ensemble de sa peinture, présente dans la modernité, utilisant des techniques de citations et de collages, d’abstractions, de figurations et défigurations. Il conviendrait de noter la présence du réel et de l’histoire dans son œuvre. Je me contenterai aujourd’hui de signaler un procédé qui ressemble à une écriture automatique, simulée, privée de sens, utilisée comme trame dans ses compositions, ajoutant une dimension troublante à la sensation picturale. Comme si nous n’avions d’un récit que le spectacle d’une écriture inconnue.

….Il faut dire que Colette Banaigs utilise pour ses peintures des matériaux rustiques et quelques couleurs sauvages. Des bruns furieux, des noirs opaques, couleur de bitume. Des ocres et des jaunes, des rouges et des blancs de chaux. L’étrange est que la peinture réalisée à l’aide du procédé ne pèse pas, comme si elle n’avait pas d’épaisseurs. Nous pourrions écrire : elle ne manque pas d’élégance. Mais je pense plutôt qu’elle indique dans la composition le goût de l’artiste pour la lumière, et cette expression de la couleur qui définit une fois pour toutes le peintre et le distingue des fabricants d’objets colorés.

(La nuit du temps, peintures de Colette Banaigs 2000)

Francis PARENT a écrit

(Colette Banaigs) se forge, dans les années 90, un vocabulaire plastique sobre mais à nul autre pareil, l’enrichissant de courtes ou très longues scriptions qui, toujours, échangeront la chair de leurs significations contre la suaire de leur cursivité. Ces hiérogrammes mystérieux, griffés dans, ou apposés sur les substrats picturaux , densifient alors le squelette des compositions toujours orthonommées où, dorénavant, sont convoquées aussi bien les matières de la modernité (acryliques…) que celles, immémoriales, que toutes les civilisations qui eurent à dialoguer avec les mystères des forces terrestres ou cosmiques , ont toujours utilisée, comme la terre ou le sable…

Tous ces grattages , griffures, collages, ces mixages de matière, ces espaces aux couleurs diurnes (éclatantes dans leur superbe superficialité) ou nocturnes (inquiétantes dans leur sombre profondeur ; tous ces objets, ces corps comme « essentialisés », (c’est-à-dire saisis dans leur essence formelle ) ne se désignent donc plus comme des réalités intemporelles, mais par l’alchimie subtile du travail de Banaigs, comme des sortes de (ainsi que les nommait Dubuffet) « figures transitoires »

Car ici rien n’est réaliste, mais tout est Vrai ; rien n’est dit mais Tout est suggéré… Et dans l’indicible de la peinture –qui doit être non seulement source de liberté pour le créateur, mais aussi terrain d’envol pour l’esprit du « Regardeur » (Duchamp)- se révèlent alors irrémédiablement ce que Jean Arp appelait « les cheminements profonds de la vie »

Revue « Art-scènes » septembre 2005

Yvon BIRSTER a écrit

Dans un monde de contrainte, d’interdits et d’usure irrémédiable, un petit personnage guette, avance, s’effondre ou s’esquive…

Nous sommes dans l’œuvre de Colette Banaigs et nous suivons les avatars de cet ingénu qui ne semble échapper aux pesanteurs qu’en se désincarnant. Est-il autre chose qu’une espèce de rêveur dont nous voyons ce qu’il subit sans discerner ce qu’il réalise ? Trop de blanc couleur de mort pour s’opposer aux noires réalités ? Y a-t-il pour lui une faille dans le temps ? Et son intelligence , en fait de réponses, que découvre-t-elle d’autre que ses propres questions ?

…. Au contenu des toiles s’ajoutent des titres qui sont comme des points de repère sur un parcours initiatique : la mémoire, la terre, le passage, la traversée, la vigie, le guetteur.

….La matière et la symbolique de l’espace pictural de Colette Banaigs donnent l’idée d’un ancrage terrestre particulièrement fort, à partir duquel s’échafaude une libération construite, que l’idée même de la mort et de l’écrasement ne peuvent altérer.

Revue « Art-scènes » septembre 2006


Retour à l'accueil