Elisabeth Blind
Elisabeth Blind, Galerie Samy Kinge
« Depuis des années déjà, des artistes qui perçoivent le rapport symbiotique entre le moi et les transformations de la société ont cessé de fixer leur regard sur le centre, sur la culture occidentale dominante », écrit Lucy Lippard à propos de l'exposition « Les magiciens de la terre» (1). Cette investigation des cultures traditionnelles soit accompagne une recherche méthodique, soit assimile, pour ainsi dire inconsciemment, des apports venus d'ailleurs, des images primitives enfouies dans l'inconscient collectif, pour les exprimer sur un mode spontané. Tel est le cas d'Elisabeth Blind qui ne prétend pas faire appel à des signes iconiques d'anciennes civilisations, mais dont les personnages archaïques évoquent des réminiscences de l'art pariétal. Corps filiformes allongés sur des couches grillagées, mimant ta mort ou la souffrance ; ou bien debout devant elles, en état d'apesanteur. Ils flottent dans un non lieu, des sortes de limbes aux couleurs grisâtres ou terreuses, entourés de formes symboliques millénaires, cercles, spirales, serpents, flèches. La mise à plat de l'espace sans perspective pourrait faire songer à la peinture naïve, si le climat de cette peinture, n'était imprégné d'une angoisse souterraine. Parfois, un carré blanc à la Malévitch s'interpose entre les silhouettes et l'observateur. L'amalgame des sources s'accomplit dans une traversée inconsciente des cultures.
Anne Dagbert, Art Presse, Juin 1989 :
(1) Les cahiers du Musée national d'art moderne n028, été 1989.
Elisabeth Blind, Galerie le Troisième Œil juin 1990
Poésie, insolite et sensualité
La peinture d'Elisabeth Blind, ne ressemble à aucune autre. Etrange et pénétrante, elle nous entraîne dans un espace indéfini, sans âge, ni repère, où les émotions émergent à fleur de matière.
Dans cet espace souterrain, amphibien, entre deux eaux, des signes cabalistiques mis à plat - flèches, grilles, tirets - s'égrènent comme l'alphabet d'une histoire vécue.
La matière glaise est tatouée par des corps longilignes, des figures totémiques ou des amulettes qui donneraient à l'ensemble une allure vaguement rituelle et sacrée, sans la présence fantaisiste d'un petit bestiaire qui traverse avec désinvolture la longueur de la toile.
Devant ces pictogrammes, échappés des terres troubles de l'inconscient, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser, ou bien suivre le délire des gris-gris de sorcier, ou bien se laisser transporter par la magie plastique d'une matière grave et douloureuse.
Le graphisme hésitant et sensible s'accomplit dans une somptueuse palette aux sonorités sourdes, frappées par des accords bleu outremer et jaune d'or. Elisabeth Blind parvient, par un savant dosage d'archaïsme et de modernité, à nous égarer dans un ailleurs poétique, insolite et d'une grande sensualité.
Dominique Dussol, Journal du Sud Ouest, juin 990