« La figuration engagée et néo-expressionniste de Franck Longelin se veut témoignage de la nécessité de la peinture dans sa double essence de création d'images et de geste qui dialogue avec la matière. Pour l'image, il se réfère à la parole mythique, à la fabulation fondatrice, au récit exemplaire, au verbe qui se fait incarnation. Pour le geste, il se réfère à la matérialité de l'empreinte, à la Véronique comme trace concrète du corps physique. Sa mise en évidence du châssis vise à désigner la toile non plus comme un écran mais comme un réceptacle de la matière. Il en est de même pour la gestualité fluide de sa touche, la surcharge de sa matière picturale et le scellé final par lequel il clôture l'oeuvre, y intégrant le chiffon qui en a été l'instrument. Cette double approche se veut idéologiquement archétypale dans sa mise en exergue à la fois d'une exigence visionnaire, célébrant l'icône comme support du logos, et d'une volonté de vérifier par le geste concret la capacité de l'homme à créer des signes et à les inscrire dans la matière. Dans son oeuvre, la peinture est vécue comme indispensable à l'homme autant dans son rapport au monde que dans sa propre nature spirituelle. »

Laurence Debecque-Michel , novembre 2005


Franck Longelin : un iconisme non iconique (extrait)

...Toute relation à un contexte narratif reste suspendue, car la dimension psychologique et individuelle, c'est-à-dire la mort, la souffrance et la douleur comme données inhérentes à la vie, se trouvent dépassées par la dimension sacrificielle qui traduit la pérennité du mal au sein même de l'humain. Loin de tout détail, de toute anecdote, ce sont les pulsions les plus fondamentales de l'homme que nous percevons : la guerre, le travail, la survie, la mort, l'inévitabilité du mal, la nécessité du rachat. Pourtant rien n'est littéralement décrit : les corps ne sont pas tendus dans l'action, mais sont plutôt déjetés, saisis dans l'épuisement qui la suit. L'artiste parle d"'énigme du corps et de la posture" et de corps qui seraient "dans un no man's land de la pensée", quelque chose entre la persistance d'un souvenir ancestral et l'imagerie d'une inéluctabilité se répétant sans cesse dans un destin infini...

Laurence Debecque-Michel






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